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Engobe

Grès (engobe – Kohiki), 2014/Stoneware (slip – Hakeme), 2014

« La période des grandes chaleurs estivales touchait à sa fin lorsque, seule, j’ai pris le train en direction de Karatsu (Préfecture de Saga). C’est dans cette petite ville de 133’980 habitants qui se situe au Nord-Ouest de l’île de Kyûshû que j’allais effectuer mon premier stage dans un atelier de céramique traditionnelle au Japon – Le Pays du Soleil Levant, mais aussi celui de la céramique par excellence – dans le cadre de ma formation en céramique au Centre d’Enseignement Professionnel de Vevey (CEPV).

J’avais retrouvé le Japon le 2 août 2015. J’ai eu presque un mois – une aubaine – pour reprendre contact avec la culture japonaise qui m’apparaît si différente de celle dans laquelle j’ai été élevée et qui est pourtant aussi un peu la mienne de par mes origines paternelles. Durant ces vacances, ma maman et moi avons rendu visite à ma tante à Yokohama et à mes grands-parents à Okazaki. Puis, nous avons également profité pour voyager un peu. Je ne pensais déjà plus qu’à la céramique – à Okayama, je découvrais les grès de Bizen, à Tokoname, je parcourais le sentier de la céramique et à Tôkyo, je me reposais devant des pièces Mingei du Folk Crafts Museum.

Le front et les mains moites, je voyais le train se vider au fur et à mesure qu’il se rapprochait de Karatsu. Tantôt je regardais la mer qui sépare le Japon et la Corée par la fenêtre, tantôt je suivais le parcours du train sur mon téléphone portable japonais. En face de moi, il ne restait plus qu’un jeune couple d’Occidentaux, lorsque j’ai entendu dans le haut-parleur « tsugi wa Higashikaratsu desu ». Un vent de panique me saisit et je m’empressai de sortir avec tous mes bagages lorsque le train s’arrêta. Le temps que le train reparte, je réalisais que je ne me trouvais pas dans la gare où j’étais attendue.

J’interprète à présent cette anecdote sur la manière dont mon séjour commença sur cette île comme un rappel à l’ordre. Ici, j’allais apprendre à anticiper, à préparer toutes mes actions avant de les exécuter. N’étais-je pas venue au Japon pour avoir un aperçu de la rigueur japonaise et de la dextérité qui en découle ? Impérativement, je devais adopter un nouveau rythme si je ne voulais pas rester sur le quai. »

A. Naito, 2015