Small living

Image ©Brigitte Besson

« C’est une famille de sculptures en grès chamotté et émaillé, que l’artiste a modelées librement de ses mains, sans idées préconçues. Avant de les façonner, Agathe Naito s’est seulement imposée ces contraintes : réaliser de grands formats qui dépassent la dimension de la main et permettent une libération du geste ; explorer aussi des formes plus abstraites que d’ordinaire, et sortir de l’utilitaire pour se défaire un peu du « métier ».

Apparaissent alors des pièces que l’artiste envisage comme des prolongements du corps, ou comme des accessoires. Non pas des prothèses qui remplaceraient ce qui manque mais des ajouts ou des parures qui transforment et lui permettent d’élaborer des fictions. À la fois ce sont aussi des cachettes ou des abris : des sortes d’espaces avec des trous dans lesquels on peut entrer ou faire entrer ; petit rappel de la céramique traditionnelle qui doit pouvoir contenir.

Et puis ensuite vient la photographie qui permet à l’artiste – qui se met elle-même en scène avec ses objets – d’achever leur fonction cosmétique : comme des ornements destinés à changer l’apparence du corps sans le transformer vraiment. Plus encore, sur l’image, c’est parfois comme si c’était le corps – anonymisé – qui venait à orner l’objet. Chaque pièce en céramique est photographiée sur fond blanc et engage un rapport particulier au corps en présence : tantôt elle le couvre, le vêtit ou le protège, tantôt elle le modifie, le déguise ou le renouvèle.

Il y a celle qui s’appelle Small Living et qui ressemble à une souche d’arbre, blonde et creuse, dans laquelle on peut faire entrer sa tête toute entière. Une autre, nommée Chez soi, couleur saumon et toute en courbes, haut perchée sur ses deux pieds : si on la retourne, elle devient bicorne et on peut s’en faire une parure de tête. Et puis La grande vague, couleur outremer bien-sûr : on peut y voir aussi une forme animale, la gueule grande ouverte prête à vous engloutir…

Dans la salle d’exposition, un bouquet de pièces pointues de céramique blanche rejoint l’installation : comme des pics, des dents ou des poils, qui créent la filiation avec les travaux précédents de l’artiste. Minérales, inertes, épurées, acérées, elles contrastent avec les grandes pièces : organiques et rondes, presque vivantes ; imposantes et colorées. En bref : une collection d’objets non identifiables, aux formes ambivalentes, et le fruit d’un travail inclusif qui nourrit l’imaginaire : une œuvre qui exploite à la fois les vocabulaires de l’art et du design ; qui fait dialoguer les registres de la sculpture et de la photographie de mode et se confondre ceux de l’utilitaire et du ludique. »

Clotilde Wuthrich – Docteure en anthropologie culturelle et sociale, curatrice d’ expositions & rédactrice pour des revues d’ art


“The artist creates then pieces conceived as extensions of the body, or as accessories. Not prostheses that replace what is missing, but additions or ornaments that transform and allow her to elaborate fictions. They are both hideouts and shelters : kinds of spaces with holes into which one can enter or make others enter ; a quick hint at the traditional ceramics that must be able to contain.

Ensuingly comes photography, which allows the artist – who stages herself with her objects – to complete their cosmetic function : as ornaments intended to change the appearance of the body without really transforming it. Moreover, on the image, it seems as if it is the body, anonymized, that comes to adorn the object. Each ceramic piece is photographed on a white background and engages a particular relationship with the body in praesentia : sometimes it covers, clothes or protects it, sometimes it modifies, disguises or renews it.

There is the one called Small Living, which looks like a tree stump, blond and hollow, into which you can stick your whole head. Another, called Chez soi, salmon-coloured and curved, perched high on its two feet : if you turn it over, it becomes a bicorn and you can make a head ornament out of it. And then The Great Wave, ultramarine colour of course : you can also see an animal shape, with its mouth wide open, ready to swallow you up…

In the exhibition room, a bouquet of pointed pieces of white ceramic blends in with  the installation : these objects look like spikes, teeth or hairs, thus creating the filiation with the artist’s previous works. Mineral, inert, pure, sharp, they contrast with the large pieces : organic and round, almost alive ; imposing and colourful. In short : a collection of unidentifiable objects, with ambivalent forms, and the fruit of inclusive work that feeds the imagination : a work that applies both art and design modes, which combines sculpture and fashion photography styles and melts the utilitarian into the playful.”

Clotilde Wuthrich  Doctor in cultural and social anthropology, curator of exhibitions and editor for art magazines.

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